samedi 17 décembre 2016

La réverbération Comme des fleurs d'amandier ou plus loin


         


                                 Il lui dit : Ah si j'étais plus jeune


Il lui dit : Ah si j'étais plus jeune ...
Elle dit : Je grandirai de nuit comme le parfum du jasmin, l'été
et elle ajoute : Et toi, tu rajeuniras
en dormant car tout dormeur est un enfant.
Quant à moi, je veillerai jusqu'au matin, que noircissent mes cernes.
Deux fils de parfaite fatigue suffiront pour que j'aie l'air plus grande.
Je presse un citron sur mon ventre pour effacer
le goût de lait et le parfum du coton.
Je frotte mes seins au sel et au gingembre
et mes seins se dressent davantage.
Il lui dit : Pas de place dans mon coeur pour le jardin, fillette ...
Pas de temps dans mon corps pour un lendemain ...
Grandis doucement, lentement.
Elle lui dit : Pas de conseils en amour.
Prends-moi que je grandisse !
Prends-moi pour rajeunir.
Il lui dit : Demain, lorsque tu seras grande, tu diras :
Ah que ne suis-je plus jeune !
Elle lui dit : Mon désir est comme un fruit qu'on ne peut remettre à plus tard ...
Pas de temps dans mon corps pour attendre mon lendemain !


       _ Mahmoud Darwich, Comme des fleurs d'amandier ou plus loin    
    [ Poèmes traduits de l'arabe ( Palestine ) par Elias Sanbar, Actes Sud. ]




          Le désir est un bouclier contre la force des nuées sombres
          mais il ne lutte pas pour s'appuyer goutte à goutte contre la nuit.
          Il vit au jour, d'être la ferveur, le vertige-livre-vertical.