dimanche 2 octobre 2016

Rapetissage

« Désœuvré », c'est ainsi qu'il se vit en ce deuxième dimanche d'automne, une fois la boîte à mails consultée, quand le capot de son P.C. [Personal Computer] fut rabattu. Sa cervelle bien faite en roue libre, il avala l'ultime gorgée du délicieux café torréfié dans le Nord, ambroisie extraite d'un des sachets de poudre noire qu'elle avait apportés dans ses bagages lors de son dernier voyage.

Désœuvré, sans grande inspiration, il se leva alors pour empiler quelques bouquins, mêlant ainsi romans mineurs aux essais majeurs : Kafka, Butor, Auster, Schopenhauer, Conrad et Bernhard. Ces cinq ouvrages en main, il retourna se rallonger sur le lit avec l'intention d'en feuilleter distraitement les pages.


Le soleil maintenant au zénith, porté par un ciel bleu lavande nuageux, il jette un regard par delà la fenêtre, s'assoit de nouveau à son bureau et rallume le P.C.. Pour ne plus rester désœuvré, il a l'intention de donner quelques gifles, en commençant par citer un extrait de Trilogie new-
yorkaise
de Paul Auster, dont il vient de relire attentivement quelques passages :
« S'intéresser aux mots, s'inventer dans ce qui est écrit, croire au pouvoir des livres — voilà qui submerge tout le reste, et en comparaison notre propre vie se rapetisse considérablement. »
D'autres gifles viendront plus tard, car, entre-temps, elle lui a écrit. Leur exubérante conversation épistolaire reprend donc, à l'instant. Désormais, il ne se sent plus du tout désœuvré, mais son existence a encore rapetissé.