dimanche 25 septembre 2016

Les crocs dans la peau

Hier, au milieu de la nuit, dans un souffle à peine perceptible, elle lui avait dit qu'elle se sentait fatiguée. Il en fut remué. C'était la première fois qu'elle lui en parlait. Il ne donna aucune réponse. Plus tard dans la nuit, juste avant l'aube, il se demanda ce qu'il savait de la fatigue. Presque rien. C'était, pour lui, une notion assez insolite, quelque peu étrange, presque étrangère. Il évoqua alors la maladie. Avait-il déjà été malade ? Il ne s'en souvenait pas. Il ne le savait pas. Peut-être était-il malade, en ce moment-même, sans le savoir. La maladie était probablement cette chose que nous pouvions contracter sans nous en rendre compte. Une chose qui s'accrocherait sur notre dos sans prévenir. La maladie devait planter ses crocs dans notre nuque sans éveiller la moindre douleur en nous, se dit-il. C'était possible. Les poètes, peut-être, pouvaient et savaient en parler. Il le croyait, mais n'était pas poète. Alors, il n'en parlerait pas. Pourtant, au fond de lui, il sentit qu'il faudrait peut-être en parler avec elle. Avec personne d'autre. Uniquement avec elle. Surtout maintenant, puisqu'elle lui avait fait comprendre, la nuit dernière, qu'elle se sentait épuisée. Elle, sûrement, devait savoir ce que représentait la maladie. Elle devait la connaître. Elle pourrait lui dire, à lui, si cette chose-là mordait vraiment la nuque et s'agrippait à notre insu sur notre dos. Elle le savait. Il en était convaincu. Elle saurait certainement lui en parler. Il devait simplement attendre qu'elle se réveille. Attendre sous le bleu du ciel...